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Enseigner à des adultes, ça ne s’invente pas

Dernière mise à jour : 15 avr.


L’apprentissage des adultes, comment ça marche ?

En France, le terme de pédagogie est utilisé dans n’importe quelle situation. Lorsqu'on évoque la notion de pédagogie dans le monde de la formation ou de l'apprentissage, tout le monde sait ce dont on parle.

Un formateur est qualifié de pédagogue quand il a l’art d’enseigner. En somme, il réussit à transmettre un savoir, un savoir-faire ou un savoir-être à ses apprenants, à travers un certain nombre de méthodes pédagogiques. Pour les enseignants qui manient cet art, il est plus que probable de découvrir dans les cours à l’école ou à l’université par exemple, leurs méthodes pédagogiques. Pourtant, le terme de pédagogie est souvent mal employé. En effet, ce dernier n’englobe que l’enseignement des enfants et des jeunes adultes. Ce n’est pas anodin que la racine « -péd- », présente dans « pédagogie », se trouve également dans le terme pédiatrie, orthopédie, ou bien d’autres mots ayant un lien avec l’enfance.


En opposition à la pédagogie, on trouve un terme encore peu connu, et donc peu utilisé : l’andragogie, signifiant le guide de l’homme. On désigne donc par « andragogie », une multitude de pratiques visant à former un adulte. Malgré cette distinction entre les deux mots, l’utilisation du mot « pédagogie » est plus simple et populaire que son homologue. Pourtant, il s’agit d’une forme d’éducation dans les deux cas. Le but reste cependant le même : atteindre l'état de flow.


Avouons-le, dans ce métier, pour la plupart d’entre nous « si c’est juste une distinction entre enfant et adulte, je préfère garder le terme de pédagogie ».

En réalité, les différences sont majeures. Les processus d’apprentissage et les évaluations de l’adulte sont bien différents de celles et ceux d’un enfant, mais nous y reviendrons ultérieurement.



La théorie de Malcolm Knowles


Knowles est considéré comme le père de l’éducation pour adulte. Il définit six principes autour de l’andragogie qu’il est essentiel de connaître en tant que formateur.

Tout d’abord le besoin des apprenants. Contrairement aux enfants, les adultes ont besoin de connaître les raisons de leur montée en compétences. Pourquoi dois-je apprendre ? Quel est l’intérêt ? Si l’adulte ne perçoit pas les objectifs, il n’a aucune raison de se lancer. S’il est contraint, sa motivation sera au plus bas sans même commencer son apprentissage “andragogique”.

Cette dernière phrase correspond en réalité à un autre principe de Malcolm Knowles, l’utilité.


Un troisième principe différencie l’enfant de l’adulte, c’est l’expérience. Avec les années, l’apprenant adulte a tout un bagage expérientiel derrière lui, surtout d’un point de vue pédagogique. Il faut donc prendre en considération son expérience (professionnelle et personnelle) pour favoriser son apprentissage (se servir de ses compétences acquises et les renforcer). Lors d’une formation, tous les participants disposent d’une expérience personnelle et celle-ci doit être prise en compte dans les différentes activités d’apprentissage. Le simple fait de considérer ces expériences permet d’adapter l’ensemble des activités de la formation et par conséquent, favoriser au mieux le développement de l’adulte grâce à ces pratiques.

Ensuite, on trouve l’investissement. Les apprenants adultes doivent être impliqués, stimulés et actifs dans leurs formations (en présentiel ou en ligne). On est loin de la salle de cours où l'élève reste passif devant un enseignant qui transmet son savoir, comme à l’université par exemple. Chez l’adulte, oubliez ça. Il est donc impératif de réfléchir à l’organisation de sa transmission du savoir.

Le cinquième principe correspond aux modalités d’apprentissage. Celles-ci jouent un rôle essentiel chez l’adulte. Effectivement, l’adulte a besoin de réfléchir par lui-même. Il est donc important de le prendre en considération. À la différence d’une pédagogie classique, l’andragogie privilégie l’égalité entre le formateur et l’apprenant. Ne sous-estimez jamais la dimension sociale. Il faut donc éviter au maximum la hiérarchie même si, instinctivement, le formateur se place en position d’expert et est donc considéré comme celui à suivre et à écouter.

Pour finir, il ne faut pas négliger la motivation des adultes. Ces derniers réagissent mieux à une motivation intrinsèque qu’à une motivation extrinsèque. Il faut qu’ils atteignent leurs objectifs, mais pour cela, il faut rester motivé. Vos formations doivent donc être attractives si vous souhaitez qu’ils ne décrochent pas.

À travers ces principes, on voit déjà apparaître des distinctions entre pédagogie et andragogie, allons encore plus loin !

Les deux différences majeures entre pédagogie et andragogie ?


Il est temps de rappeler que les enfants sont encore dans un monde d’apprentissage où ils se construisent et se développent, leurs connaissances sont loin d’être totalement acquises. Cet apprentissage est dit biologique. Comme évoqué précédemment, l’adulte, lui, a souvent un bagage derrière lui, sa situation est donc différente. D’une part, ses expériences de vie et d’autre part, les fameux « problèmes de la vie d’adulte ». Ce n’est donc plus un apprentissage biologique que l’on recherche, mais une montée en compétences favorisant une évolution professionnelle. Le processus d’apprentissage n’est donc pas le même, l’accompagnement est différent.

De plus, lors d’une pédagogie dite classique, l’enfant suit l’enseignement proposé car il a envie d’apprendre, d’enrichir ses connaissances. Son objectif est d’entrer dans la vie adulte le plus efficacement possible. On parle alors d’un apprentissage retardé. L’adulte, quant à lui, ne s'investit pas dans la formation suivie s’il n’en perçoit pas l’intérêt. En andragogie, on évoque alors un apprentissage immédiat. Pourquoi cela ?


Dans le monde du travail, l’adulte n’a pas autant de temps à consacrer à l’apprentissage qu’un adolescent ayant cours tous les jours. Étant donné le bagage expérientiel des adultes, n’hésitez pas à consacrer davantage de temps à la pratique plutôt qu’aux contenus théoriques.


Ces deux raisons majeures démontrent la dichotomie entre la pédagogie et l’andragogie. En pédagogie, tout est assez structuré et autoritaire. L’andragogie est centrée sur l’adulte dans son milieu de travail. On adapte le parcours selon les besoins des participants, c'est le principe de la pédagogie différenciée. Ainsi, l’accompagnement est plus simple et le développement des compétences et connaissances, plus rapide.

Bilan : que faut-il retenir de tout ça ?

Chaque personne exerçant un tant soit peu de pédagogie au travail pratique en réalité de l’andragogie.

Finalement, l’andragogue ou ingénieur andragogue fait passer la formation, l’atelier, grosso modo l’apprentissage, comme une œuvre d’art vivante et évolutive dans laquelle le collaborateur est acteur et auteur de sa propre montée en compétences. Par conséquent, lors de la mise en place d’une formation, l’andragogie proposée par le formateur, motive, incite et laisse toujours à l’apprenant le choix. Généralement, une pratique pédagogique ne permet pas de décider et d’avancer seul (auto-gestion), contrairement à l’andragogie.



N’oubliez jamais que l’adulte n’est pas un enfant. Écouter et apprendre par cœur n’est pas ce dont il a envie (un peu comme les enfants d’ailleurs non ?).

 

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