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Digitaliser les formations dans l'audiovisuel : tout un cinéma !

Mis à jour : juin 9

Interview de Corentin de Montmarin, responsable pédagogique de 3IS, une école qui forme aux métiers de l'audiovisuel, de "l'image et du son".



Corentin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?


Je m’appelle Corentin de Montmarin, je suis directeur de l'ingénierie pédagogique à 3iS.



Je suis spécialisé dans l'ingénierie de formation depuis une dizaine d’années. J’ai eu l’occasion de travailler au sein de différentes structures associatives, universitaires, ou privées, dans le cadre principalement de missions de création de formation et de création de cursus.




Ce que j’apporte généralement dans le cadre de mes missions est mon expertise en termes de création de formation, de reconnaissance des formations et d’accompagnement des professionnels de la pédagogie, pour leur apprendre les meilleures manières d’enseigner, notamment à travers le sujet de la digitalisation des formations, un sujet qui m'intéresse particulièrement.


Qu’est-ce que 3iS ?


3iS est un groupe d’établissements d’enseignement privé, créé il il y a plus de 30 ans, qui prépare aux métiers du cinéma, de l’audiovisuel, du son, et désormais également aux métiers des effets spéciaux, du cinéma d’animation, du jeu vidéo, du spectacle vivant et de l’acting.


3iS s’est implanté à différents endroits du territoire. Historiquement, 3iS est implanté sur la commune de Saint-Quentin en Yvelines avec son campus de 3iS Paris. Depuis, l’école a ouvert 3 autres campus à Bordeaux (depuis 7 ans), à Lyon (en 2020) et à Nantes (en septembre 2021).


L’ADN de 3iS est de former aux métiers de techniciens, c’est-à-dire les opérateurs de prise de vue, les cadreurs, les personnes qui s’occupent de la postproduction d’un film, les ingénieurs du son, les régisseurs, les techniciens du spectacle vivant….


Pour la partie audiovisuelle, nous formons également toute la branche créative, c’est-à-dire les réalisateurs, les scénaristes, les producteurs et nous formerons également les acteurs sur le campus de Saint-Quentin à partir de la rentrée 2021.


Ce sont des métiers résolument orientés sur la pratique. Les étudiants doivent pouvoir exercer leurs compétences dans des conditions professionnelles, afin de se préparer au mieux à l’exercice de leur futur métier. Ainsi, par exemple, sur les 15 000 m2 que compte le campus de 3iS Paris, les étudiants ont la chance de bénéficier de vastes plateaux de tournage, d’un plateau de spectacle vivant de 300 m2, d’un studio de motion capture, ainsi que de nombreuses cabines de post-production et de tout le matériel nécessaire.





Avant la crise, quelle part de vos formations étaient en situation de présentiel, en synchrone ?


Avant la Covid, 98% de nos formations étaient réalisés en présentiel. Nous avions eu quelques expériences de classes inversées auprès de nos étudiants et nous n’avions pas rencontré de réticence. Mais tant que l’opportunité ne se présentait pas, nous n’avions pas nécessairement mis en place de cours en distanciel.


Quelle a été votre première réaction à l'arrivée de la crise ?


Tout d’abord, le 14 mars nous avons appris que les établissements d’enseignement supérieur devaient fermer. A ce moment-là de l’année, il faut imaginer que nos étudiants étaient en train de charger leur camionnette pour partir en tournage. La majorité de nos étudiants de 3e année devaient réaliser leur fiction de dernière année, l’aboutissement de leur cursus. Le 14 mars 2020, l’annonce du confinement a donc réellement été un choc pour tout l’établissement.


Ensuite, il y a la réalisation concrète de l’impact que cette situation a sur l’ensemble de nos enseignements et la clarté qu’il faut avoir auprès de nos étudiants sur le fait qu’il va falloir modifier certaines choses.


Nous avons donc pris la décision de retirer tous les enseignements des plannings, principalement physiques. La majorité d’entre eux ne pouvait plus s’exercer de la même manière.


Nous avons donc libéré tous les créneaux de la semaine suivante pour essayer de replanifier certaines choses. Mais il y a évidemment eu un temps de latence car le choc était énorme et même nos enseignements plus théoriques ne sont pas prévus pour être faits à distance.


Nous nous sommes donc réunis et nous avons mis en place plusieurs dimensions de mise en œuvre :


La première dimension était de rétablir le plus rapidement possible tous les enseignements qui peuvent être fait à distance, c’est-à-dire tous les enseignements qui sont de l’ordre du cours magistral.


Nous avons alors commencé à utiliser un outil que l’on n’utilisait pas énormément avant : l’outil Teams de Microsoft.


Il faut donc imaginer toute la restructuration sur Teams des classes. Il a fallu inventer en quelques jours une procédure qui permette d’utiliser cet outil avec, sur le campus de Paris plus de 1 300 étudiants, sur le campus de Bordeaux 600 étudiants, et un nombre d’intervenants important qui ne sont pas formés à ces outils.


La deuxième dimension est donc qu’il faut former nos équipes à ces outils. Le service informatique a donc créé, en quelques jours, une procédure d’usage de Teams et l’a partagé à l’ensemble des intervenants.


Nous nous sommes ensuite posé la question pour les cours non magistraux, qui ont une implication physique, mais qui peuvent être réalisés à distance. Les cours de montage ou de dessin numérique par exemple, peuvent être faits à distance, grâce à une adaptation de la méthode pédagogique.


Certains enseignants ont par exemple préparé des pdf en amont avec des tutoriels qu’ils ont ensuite transmis aux étudiants avant les classes virtuelles. Mais cela a nécessité du temps. Nous avons réussi à retrouver un rythme plutôt satisfaisant au bout de 3 ou 4 semaines.


Finalement, la troisième catégorie d’enseignement a une emprise physique très forte donc nous n'avons pu les digitaliser que très rarement.


Sur l’enseignement du son par exemple, nous avons mis en place un émulateur de console numérique pour la gestion du son mais cela reste très rare.

La crise nous a finalement obligé à déplacer un certain nombre d’enseignements. Et concrètement, tout ce qui était lié à la mise en place des tournages pour les sections de l’audiovisuel, a été décalé.






Et toujours à court terme, quelle a été la réaction de vos apprenants ?


Il y a eu 2 réactions très fortes.


La première est liée au report des tournages, le choc et le sentiment de frustration qu’ils ont pu ressentir. Par exemple, les étudiants de troisième année qui travaillaient depuis plus d’un an sur leur projet de fin d’étude.


L’autre réaction a été un sentiment d’incertitude face à ce nouveau mode d'enseignement et les étudiants se sont posé de nombreuses questions concernant leur avenir au sein de l’école. De plus, certains étudiants n’avaient pas nécessairement accès au wifi ou pas d’équipement adapté.


Il a donc fallu très rapidement expliquer aux étudiants que les enseignements n’étaient pas annulés, mais bien reportés. Il était inconcevable pour nous de les diplômer sans les faire pratiquer.


Sur le moyen long terme, jusqu’à aujourd’hui, qu’est ce qui a été fait globalement ?


Globalement, il a fallu pérenniser certains acquis.


Nous sommes passés sur Teams. Il ne s’agit pas d’arrêter d’utiliser ces outils dès que la crise sera passée. Cet outil nous a permis d’améliorer la communication avec les étudiants, et la fluidité d’un certain nombre d’enseignements.


Dès que nous avons commencé à évoquer la rentrée 2020, nous nous sommes ainsi dit qu’il fallait que tous les enseignements soient paramétrables sur Teams et que tous les étudiants puissent y accéder.


Nous nous sommes également rendu compte qu’il fallait adapter nos méthodes pédagogiques. Par exemple, un cours prévu sur un créneau de 3h en présentiel, ne peut pas durer 3h en visioconférence. Nous avons donc mis en place plusieurs dispositifs, tels que l’élaboration de petits groupes de travail qui ont bénéficié des enseignements plus courts en visioconférence ou l’utilisation de la pédagogie inversée avec des supports donnés en amont.


Pour notre troisième catégorie d’enseignement, dans l’état actuel des choses, il n’est pas possible de faire autrement qu’en physique.


Nous avons donc mis en place des protocoles sanitaires permettant d’utiliser les outils sans mettre en danger les étudiants. Ce sont les mêmes protocoles que ceux mis en place professionnellement sur les tournages.


Depuis que les établissements ont eu la possibilité de remettre en place les enseignements nécessitant une présence physique, nous avons pu reprendre ces enseignements essentiels.


Est-ce que vous avez été confronté à des formateurs réticents ou qui pensaient que cette pédagogie à distance serait impossible ?


Personnellement, j’ai été, au contraire, très agréablement surpris du travail d’appropriation par les équipes.


Il y a évidemment eu des difficultés car certains d’entre eux étaient moins aguerris au maniement de l’informatique, au digital ou simplement ne l'utilisaient pas au quotidien. Cela a donc nécessité une adaptation de leur part.


Les quelques réticences étaient surtout occasionnées par des contraintes logistiques personnelles, comme le manque d’équipement, le calme nécessaire dans la pièce, etc.


Est-ce que vous auriez 2 bonnes pratiques à donner à des responsables formation d’établissement d’enseignement supérieur ?


La première bonne pratique porterait sur la question de la communication.


Communiquer, être transparent et rassurer tous les acteurs - que ce soit les étudiants, les parents inquiets concernant la formation de leurs enfants, les intervenants que l’on a dû former et accompagner… - a été essentiel.


Nous avons principalement communiqué par mail et par téléphone, lorsqu’il a fallu apaiser les choses ou rassurer certains parents ou étudiants.


Au-delà de la communication, il y a également la question de l’accompagnement et de l’anticipation de ce type de situation. Plus on les anticipe, plus on est capable de franchir les obstacles avec aisance. Anticiper cela ne signifie pas tout prévoir, mais avoir en tête que certains changements peuvent être opérés et nécessitent d’être agile au moment où une difficulté survient.


Pour la partie pédagogique, les changements ne se font pas en un claquement de doigts, il est donc normal de prendre le temps et d’accompagner les différents acteurs.