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Le DRH est-il le pangolin du monde du travail ?

Le Lab RH et le Mag RH ont sollicité Flowbow sur la question du DRH en entreprise. Nos deux cofondateurs, Jonathan Piarrat et Willem Rodier, nous partagent avec humour et transparence leur vision des différents profils de DRH.


Quel est cet animal étrange qu’est le DRH ?


Parfois bienfaiteur (marque employeur, recrutement, QVT…) , souvent bouc émissaire des dysfonctionnements de l’entreprise (Plan de restructuration, manque de main d'œuvre, centre administratif), toujours catalyseurs des tensions de toutes parts… comme il est facile de blâmer un seul acteur quand nous sommes tous responsables...


Quelle drôle d’idée de nous demander “ce qu’est un DRH à nos yeux”.

Un exercice de schizophrène pour nous. En effet, nous avons été à la fois son collaborateur en tant que responsable RH, et son prestataire en tant que cofondateur de start-up RH.


Du coup, on a un peu le popotin entre deux chaises.

Nous connaissons ses déboires, ses peurs, ses peines cachées. Mais aussi ses espoirs, ses bons côtés, les attentes que tous ont sur lui.


Nous avons voulu écrire nos réflexions, sous une forme bien à nous : teintée d’humour, de sincérité, d’observations concrètes et d’appel à la communauté RH.


Il nous a semblé évident que l’on ne peut parler “d’UN” profil type de DRH. Il y a trop de sous-catégories, de sous “personna” tous plus passionnants les uns que les autres.

Nous parlerons donc d’abord des quelques “espèces” que nous connaissons le mieux.


Puis, nous tenterons de déterminer quel est le plus petit dénominateur commun entre toutes ces espèces. Spoiler : Elise Lucet likes it.


En espérant vous faire sourire et réfléchir :-)



Partie 1/ Il n’existe pas une mais plusieurs espèces de DRH / Dans la jungle des DRH :


Le DRH des champs :

Souvent en PME ou petite ETI, cet animal là fonctionne avec son bon sens, c’est-à-dire comment développer efficacement le business tout en garantissant de bonnes conditions aux salariés. C’est le plus proche de ce qu’on aime appeler les “Business Partner”.

Proche du business, tutoie le patron. A une fine connaissance de ses salariés.

Surprenant à plus d’un titre : on le croit dépassé, il est à l’aise avec le sujet SIRH, LMS, réseau social d’entreprise.

Comme ce DRH d’entreprise de découpe de viande en Bretagne : SIRH, LMS, réseau social d’entreprise dernier cri….et en plus, ces outils sont utilisés !

Surprenant à plus d’un titre on vous dit !

Le DRH des villes :

Un peu perdu, souvent débordé, ce DRH de PME/ETI a besoin d’aide. Alors il cherche, beaucoup, il trouve rarement. On le voit dans les salons professionnels, les tables rondes, les évènements, toujours à la recherche “d’une bonne pratique”, de quelque chose de “différenciant”, de comment font les autres parce que dans son entreprise … “c’est compliqué”. Souvent pris entre le désir de changer les choses dans son entreprise et la réalité de son budget, et surtout de son équipe (souvent peu de monde, avec un profil très administratif), il n’a pas de vision claire de ce qu’il peut (et non veut) faire et mettre en oeuvre.


Le DRH de grands groupes:

Dans sa tour d’ivoire, vraiment ? oui un peu….

Nous avons croisé cette DRH d’un grand groupe technologique français qui nous disait “cash” : “je vais être honnête : on n’a aucune idée de tous les postes à pourvoir chez nous”.

Humain malgré tout : comme ce DRH d’un grand groupe d’audit : Se pose plein de questions, n’a absolument pas réponse à tout, et se renseigne sur whatsapp en échangeant dans un petit groupe de DRH d’entreprises concurrentes.

On a tendance à croiser des DRH qui semblent être les seuls à vouloir “secouer le mammouth”, seul même face à leurs équipes pourtant plus jeunes.

Attention, ils sont parfois atteints par un mal chronique :

LE GRAND PLAN quiquennal.

Citons ce verbatim d’une DRH dans le secteur bancaire : “Espérons que ce sujet soit un sous-sujet du 2eme grand thème du GRAND PLAN DE DEVELOPPEMENT RH 2022-2025” (véridique, promis).


Le DRH de start-up/Head of People/ Head of talent / Head of wonderful human resources :

Poste sur Linkedin soit sujets “trendy” : nouvelle façon de manager, super autonomie, illimited congés, égalité parfaite homme/femme. Soit le montant de la dernière levée de fond de sa start-up, avec l'émoticône "licorne''.

Sujet qui lui tient généralement à coeur : “le processus de recrutement ultra robuste” qui fait qu’ils ne recrutent que des stars (souvent issus du bon vieux top 5 des business schools françaises). Technophile, il est connecté tout le temps, et fait au minimum 5 000 vues par post sur Linkedin. A le lire, chez lui, pas de discrimination, pas de tension. Tout est clean, avec le fameux babyfoot et le “full remote” (= télétravail total).

Au moins il bouge les lignes !


Le DRH vintage:

Ses priorités : paix avec les syndicats, la paie est bien faite. Pas de vague.

Tendance à se reposer sur ses RRH, souvent essorés par les tâches.

Ne croit pas qu’il soit possible de former quelqu’un autrement qu’en présentiel, dans une salle surchauffée avec un bon vieux paperboard, car “c’est comme ça qu’on apprend le métier”.

Souvent membre d’une association local de DRH, où l’on s’amuse à sélectionner les membres de son réseau local…..”au nez” “au feeling”.

(Tiens d’ailleurs, extrait réellement entendu lors de l’inscription à l’un de ces cercles : “Ah, et bien vous êtes invité à la prochaine réunion, vous rencontrez certains membres du bureau et…..ils verront si vous correspondez à ce que l’on attend d’un membre”. Merci, très clair.)


Souvent traité de “has been” par le patron et les autres directeurs, ce DRH mène tambour battant des projets de “modernisation” pour montrer à tous que lui aussi sait faire avec les nouvelles technologies.

Tous les prétextes sont bons…

On veut que les collaborateurs se connaissent mieux ? Paf! une appli de rencontre pour le déjeuner. Qu’ils fassent du sport ? Boom ! Une autre appli pour réunir des passionnés de foot en salle. Savoir ce qu’ils pensent de leur société ? De leur manager ? De la nourriture à la cantine ? Bim ! Encore une AUTRE appli pour savoir tout ça.


Le point commun ? On a du mal à le voir, et c’est bien ça le pire...ou le meilleur.

Il serait tout le temps difficile à approcher par les commerciaux ? Mouais, pas forcément vrai pour tous.

Le DRH de start-up est présent partout sur les réseaux par exemple.

Non, le vrai point commun...c’est qu'il s'agit bien du pangolin du monde du travail.

Rarement vu, toujours critiqué. Souvent mal-aimé.


Partie 2/ Le point commun : un mal-aimé critiqué qui mérite notre bienveillance.



Merci Elise Lucet d’ailleurs.

Son interviewé, le fameux Didier Bille n’est pas du tout un reflet de ce que nous voyons au quotidien, ni n’avons vécu dans nos expériences précédentes.


Plus sérieusement, qui dans vos amis vous a déjà dit :

“Aaaaah les RH dans ma boîte, c’est TOP-I-SSIME !” ?

Ou mieux “Le DRH ? Une personne adorable, compétente, à l’écoute, brillante, réactive."

Personne. Allez, si. Très très très peu de gens.


Mais pourquoi alors ?


Parce que derrière tous ces types de DRH se cache un seul et même jongleur.

Oui oui.


Attention, pas n’importe quel jongleur. Un jongleur qui doit quotidiennement jongler avec 43 balles et qui a 5 revolvers braqués sur la tempe :

  • les salariés “Sur quoi je peux évoluer ?”,

  • le public “Tu te rends compte, dans cette “boîte” ils ont un CE pour le CE !”,

  • les syndicats “Il faut rendre le travail plus accessible et facile”,

  • la direction “Il faut plus de monde, plus qualifié, plus productif...et si possible moins cher

  • et l’Etat français (pas la peine de citer le droit du travail ici n’est-ce pas ?).


S’il fait mal tourner toutes ses balles (toutes ses tâches quotidiennes), qu’il en rate une, l’un des 5 chasseurs ne le ratera pas.

Pas facile de prendre des risques dans ces cas-là avouons le !

C’est pour cela que le DRH est à l’aise dans le “run”, sa gestion du quotidien, mais pas du tout dans “le projet”.

Il a souvent les mains dans le cambouis, mais le regard tourné vers le ciel.

Comme le Petit Prince, pour lui, il est “doux de regarder les étoiles”...


Pensons au pauvre jongleur. Il ne peut pas bouger vite, loin, avec agilité. Impossible.


Comme un président de la République, avec un DRH, on est forcément déçu car on attend au minimum de lui :

  • qu’il rende notre job agréable, avec du “sens”

  • avec des collègues qui sont sympas, bienveillants

  • un manager bien formé, encadré et doté des meilleures pratiques du marché-

  • dans un bureau à 5 min à pied de chez soi, et à 10 min max de la crèche du petit. Des baby-foot (pas trop, ça fait start-up) et des espaces sieste équipés de landaus pour adultes.

  • si vous êtes le boss, qu’il tienne les syndicats à distance, les collaborateurs heureux et pas trop payés

  • si vous êtes commercial pour une solution RH, qu’il prenne des GROS risques avec votre application parce qu’elle est révolutionnaire, et que les 231 autres déjà installés ne font pas bien le travail.


C’est donc normal que notre DRH ne cesse de chercher la lumière, la gloire, les “coups sympas”, les projets qui font consensus : égalité au travail, lutte contre le sexisme, pour la sécurité au travail, la formation (surtout sans rentrer dans le détail), la paix dans le monde.


Brillons fort, vite et surtout sans prendre de risque sinon...PAN ! Plus de chemise !



Conclusion :

Apprenons à être bienveillants envers ces différents DRH.


Le job n’est ni facile ni très reconnu.

Pourtant, sur le papier, il n' y a pas photo : sa mission est magnifique et son “sujet” d’attention (des personnes humaines) est le plus intéressant, et de loin, de tous ses collègues du CODIR.


Le DAF travaille les chiffres, le DirCo les cycles de ventes et les clients, le Directeur marketing un site web, des tunnels de ventes, une image.

Le DRH lui, s’occupe de ce qui fait la première force d’une entreprise. Et même si nous nous moquons souvent des responsables des “Richesses humaines” sur Linkedin, il faut avouer que cette expression colle parfaitement à la réalité.

DRH c’est un job “richissime” de sens, de complexité et d’utilité.


Nous oublions souvent qu’un DRH change littéralement la vie de X dizaines, centaines, milliers de salariés, au quotidien. Nous passons tous 70% de notre temps de vie au travail. Il embauche, il forme, il fait évoluer. Oui, pas lui directement. Son équipe. Mais celui qui tient la barre, c’est bien lui.


Alors rassurons-le, enlevons lui un à un les revolvers pointés vers sa tempe, proposons-lui des projets qui feront plaisir aux 5 cowboys et qui lui permettront de briller.


Et s’il regarde le ciel et les étoiles, aidons le au moins à attraper la lune.


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