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Le "Peer-to-Peer learning" : utilité et cas pratique

Mis à jour : mai 11

Interview d’Anne-Laure Walter ( training & skills development manager) et Paul Granier (head of education programs) de Schoolab…


Interview réalisée par Willem Rodier, cofondateur de flobow.


Anne-Laure peux tu nous présenter Schoolab en quelques mots ?

Anne Laure : Schoolab est né il y a 15 ans, avec un cours d’innovation réunissant des étudiants de 3 grandes écoles multidisciplinaires autour de projets réels d’entreprises. C’est aujourd’hui un studio d’innovation fondé en 2005 qui se donne pour mission de donner aux individus et aux organisations la confiance d’entreprendre et de se transformer pour inventer le futur. Nous proposons des formations et des accélérations de projets (startups, projets internes dans les grands groupes). Et le tout en utilisant des méthodologies précises : Design Thinking, Lean start-up, etc…Aujourd’hui, Schoolab compte environ 70 salariés.


Et vous deux,…en quelques mots !

Paul : Je travaille à Schoolab depuis 4 ans. En charge des activités pédagogiques, c’est à dire 2 choses : d’abord tous les programmes étudiants que nous faisons, avec les universités et les écoles, et également, l’ensemble des projets de créations de cursus voire d’écoles avec nos clients entreprises.


AL : Je suis à Schoolab depuis 6 ans ! Je suis aujourd’hui Talent manager. Je suis en charge du développement des talents de schoolab, j’ai aussi des enjeux de digitalisation des RH ou encore d’accompagner la transformation managériale en interne. Une large palette !


Parlons maintenant de ce projet “Peer to Peer” !

Paul, peux-tu déjà nous parler du contexte dans lequel tu as monté le projet ?

Paul : Cela a commencé un peu par hasard je dois l’avouer. J’ai dû créer un programme solide de formation à la “gestion de projet” pour une de mes alternantes. Une fois le programme créé, j’ai trouvé ça dommage que personne d’autre ne puisse en profiter en interne. J’ai donc lancé une invitation, ouverte en interne, à rejoindre le projet.


Comme cela prenait une autre dimension et que je manquais de temps et de compétences sur certaines parties du programme, j’ai demandé à 5 collègues, spécialistes sur ces thématiques, de venir construire et animer la formation avec moi. Nous avons ainsi créé une formation de 4 fois 2 heures, que les collègues suivaient sur leur temps de travail.


Mais tu as dû demander une “validation” en interne avant de lancer cela ?

Paul : Honnêtement, au Schoolab on a pas “besoin” de demander cela. J’en parlais ouvertement, cela ne posait pas de problème. Tant que cela ne met pas en danger ton travail, c’est dans la culture de Schoolab de te laisser monter ce genre de projets.


Par contre, nous avons dû, avec les fondateurs et certains managers, “sélectionner” les participants, en priorisant ceux qui avaient le plus besoin de cette formation. Il y avait trop d’inscrits.


AL : On a aussi eu, dès le départ, l’idée que cela pourrait, un jour, être vendu à nos clients. Les business managers l’avaient bien en tête, et étaient partants pour “tester” ces formations avec les équipes internes, avant de les vendre.


Cela a fonctionné ?

Paul : Oui, devant le succès, nous avons fait une deuxième version, équivalent à 24h de formation sur la gestion de projet.


Il y avait 12 participants à nouveau. Par contre, nous avons récolté énormément de retours. Et notamment, beaucoup de demandes de formation sur d’autres sujets, sur des formats plus courts.


Ainsi, nous avons mis en place une douzaine de formations (Relation clients, storytelling, communication, organisation personnelle,…) de 3 ou 4 séances de 1h. Ces formations étaient faites par des collaborateurs, pour les collaborateurs !


Mais qui animait ces formations ?

Paul : A ce moment là, je voulais engager beaucoup plus de personnes. Pour chaque formation, j’ai trouvé un “binôme”, complètement responsable du cursus.


Les difficultés ?

Paul : La difficulté principale est de convaincre les formateurs d’animer les formations. Le temps a aussi été un frein car il fallait trouver des créneaux toutes les semaines qui conviennent aux 10 apprenants. C’est quelque chose qui prend du temps, mais j’arrivais à en trouver quand il n’y avait qu’un cursus. A partir du moment où il y a eu 12 cursus, ça a été beaucoup plus compliqué et beaucoup plus long.


AL : C’est vrai que toute l’organisation est compliquée : trouver des dates qui coïncident…

Assez rapidement, la période de grève, puis la période de confinement nous ont obligé à faire des formations à distance, d’autres ont dû être annulées. Environ ¾ des cursus ont quand même pu avoir lieu.


La problématique aujourd’hui est de savoir si chaque collaborateur suit le cursus parce qu’il en a envie ou si les “coachs” et/ou les collaborateurs veulent le suivre parce qu’ils pensent que cela aura un vrai impact dans leur job.


Les éléments qui ont fait que ça a réussi ?

Paul : Clairement, la culture Schoolab, qui m’a permis de travailler dessus. Et puis, mes bonnes relations, notamment avec les managers, qui m’a permis de les convaincre plus facilement.


Résultats mesurables ?

Paul : J’ai envoyé un questionnaire de satisfaction à toutes les personnes ayant participé pour calculer le NPS, l’apport de la formation et demander à quel point la personnalité du formateur avait joué dans leur satisfaction.


Il y a eu beaucoup de retours et notamment de nombreux retours positifs.


Suite à cela, Anne Laure a proposé de reprendre le projet en répondant à des problématiques de développement , de compétences….


Qu’est ce qui vous a convaincu de continuer ce projet à plus grande échelle?

AL : On s’est vite rendu compte que le projet marchait et plaisait. C’est un projet pour les salariés, en interne, il nous semblait donc naturel de le relier aux fonctions RH pour que ce soit en accord avec la gestion des talents de l’entreprise. Donc on a relancé le projet mi-juin en pleine période de confinement, ce qui n’a pas été évident.


La crise a-t-elle changé qq chose ?

AL : C’est vrai que ça n’a pas été évident de convaincre (encore) les gens de donner les formations pendant le confinement. Il fallait leur proposer de faire de l’asynchrone, des cursus en distanciel… Le format a donc changé et de nouvelles formations ont été ajoutées. La difficulté principale a été d’adapter chaque cursus à de nouveaux formats : synchrone, asynchrone, présentiel, distanciel.


Quel est l’objectif aujourd’hui ?

AL : Le but aujourd’hui est de faire monter en compétences les collaborateurs sur des sujets divers et faire en sorte qu’ils soient polyvalents et qu’ils puissent effectuer des missions différentes. On essaie donc d’aller plus loin en se demandant comment former les bonnes personnes aux bons sujets. Au fur et à mesure on aimerait plutôt que ce soit les fonctions RH qui guident les collaborateurs vers les formations les plus adaptées selon leur profil.


Schoolab a réussi la collaboration métier-RH. Paul & Anne-Laure sont devenus business partners pour monter des programmes en interne. Le binôme métier-RH et l’appui des RH sur le soutien et la mise à l’échelle des projets qui viennent des métiers permet aujourd’hui à ce programme de se poursuivre et de se transformer.